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Steve Von Bergen: « La Suisse est beaucoup plus respectée qu’avant »

Rencontre avec Steve Von Bergen, défenseur de l’équipe nationale suisse et du BSC Young Boys, qui a accepté de répondre à nos questions en vue du Mondial 2014 au Brésil. L’entretien a eu lieu au stade de la Maladière à Neuchâtel, quelques jours avant le tirage au sort de la Coupe du Monde.

Tout d’abord, félicitations pour la qualification de la Suisse au prochain mondial au Brésil… C’est rassurant de savoir que rarement la Suisse a douté de ses capacités.

Oui, en effet. On a fait une très belle campagne qualificative. On a peut-être eu un petit coup frein en deuxième mi-temps contre l’Islande (ndlr, 4-4), mais sinon on a été très costauds. On a su créer du jeu, se créer des occasions, on a mis des buts et on a bien défendu. Bref, une campagne qualificative très positive.

À Berne, face à l’Islande, vous avez joué pour la première fois avec Fabian Schär en défense centrale. Comment décrivez-vous la complicité qui est née entre vous deux sur le terrain depuis ce match ?

C’est un peu comme n’importe quel joueur, après c’est clair qu’on a plus d’affinités avec certains mais, jusqu’à maintenant, j’avais évolué avec Johan Djourou. Ça s’était très bien passé. Mais il s’est blessé et Fabian est arrivé. Il a très très bien fait jusqu’à maintenant, inscrivant notamment deux buts contre la Norvège. Il a également su saisir sa chance au FC Bâle où il a pu démontrer son talent. C’est un type assez renfermé mais avec d’énormes qualités techniques. Il ne faut pas oublier qu’il est de classe 1991, donc il est encore jeune. Mais il a une excellente vision du jeu et je suis sûr qu’il fera une très belle carrière.

On vous voit capables de faire de grandes choses et surtout on vous voit très soudés les uns aux autres. Est-ce exact ?

Oui, tout à fait ! On parle beaucoup de cette notion de groupe. Les médias l’ont beaucoup traitée. C’est vrai que l’on vit très bien ensemble. Nous sommes toujours très heureux de nous retrouver. Sur le terrain, chacun lutte pour l’autre et nous sommes conscients d’avoir des qualités importantes au sein de l’équipe avec des joueurs qui évoluent dans des grands clubs maintenant, que ce soit à Naples, à la Juventus ou encore au Bayern de Münich, n’oublions pas ! Donc nous avons une énorme chance d’avoir des éléments qui jouent à l’étranger et surtout qui évoluent parmi les titulaires de leurs équipes. C’est primordial et ça se ressent en équipe nationale !

Le départ à la retraite d’Ottmar Hitzfeld au terme de la Coupe du Monde a également été beaucoup évoqué. Comment vit-on ce changement en tant que joueur ?

En tant que joueur, nous avions notre objectif : atteindre la phase finale de Coupe du Monde. Il a été atteint avec Hitzfeld. Après, il a pris la décision de partir et on se doit de la respecter. Il a fait une très grande carrière. C’est comme ça. Ça fait partie du football. On savait bien qu’il allait arrêter un jour. Certains pensaient qu’il n’arrêterait pas avant l’Euro en France, mais ça n’a pas été le cas. Désormais, on veut juste lui faire un beau cadeau d’adieu au Brésil.

Savoir qu’il va partir après le Mondial, ça peut booster l’équipe ?

Je ne sais pas si cela nous booste, car on l’est de toute façon quand on joue une Coupe du Monde. Il n’y a pas de motivation plus grande que de jouer un Mondial. Maintenant, c’est vrai que si on peut lui offrir une satisfaction en plus, pour sa carrière, on ne va pas se gêner…

Vladimir Petkovic est annoncé pour succéder à Ottmar Hitzfeld après le Mondial. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

Pour tout vous dire, on ne ressent rien pour l’instant car c’est une nouvelle qui avait été divulguée par un journal suisse allemand et rien n’est encore officiel. En tant que joueur, on ne sait rien. Notre but est vraiment de se concentrer sur notre Mondial. On sait qu’une nouvelle ère va commencer mais on ne sait pas avec qui. Cette décision appartient à l’ASF (ndlr, Association suisse de Football).

La progression de la Suisse est fulgurante, à tel point qu’elle parvient à se forger une place parmi les têtes de série au Mondial. Est-ce un avantage selon vous ?

(Sourire). Vous m’avez vu. Ça nous a fait sourire et ça me fait encore sourire. Nous n’étions même pas conscients que nous pouvions encore être têtes de série en battant l’Albanie et la Slovénie. Après il a aussi fallu un concours de circonstance. L’Italie ne devait pas gagner… Bref, au final, on se retrouve têtes de série sans même l’avoir demandé. Maintenant, si c’est en bien ou en mal, c’est une très bonne question… On le verra par la suite. C’est un classement FIFA dans lequel on se retrouve dans les premiers, sans le démériter non plus, car nous avons fait de grands matches et nous n’avons pas perdu lors des qualifications. Cependant, il va falloir démontrer que nous pouvons être à la hauteur de la Hollande, ou encore que nous méritons notre place parmi ces têtes de séries.

Au classement FIFA vous êtes devant l’Italie, les Pays-Bas, la France, le Brésil. Malgré l’ambiguïté de ce classement, est-ce la preuve que la Suisse est devenue une nation du football ?

Je pense surtout que la Suisse est devenue une équipe beaucoup plus respectée qu’avant. Donc oui. Nous l’avons prouvé lors des trois dernières années en battant notamment l’Allemagne, la Croatie ou encore le Brésil, même si c’était des matches amicaux. Il y a quelque temps, la Suisse n’arrivait pas à gagner de tels matches. Il y a eu une grande évolution du groupe, nous avons tous grandi et on a réussi à gagner le respect de beaucoup d’équipes. Mais de là à dire que nous sommes parmi les dix meilleures équipes au monde, c’est un peu tôt pour le prétendre. On verra l’été prochain…

On parle aussi des progrès de la Nati par les prouesses d’un FC Bâle qui réussit à faire douter les plus grandes écuries européennes. S’agit-il là d’une des causes de cette montée en puissance ?

La suprématie du FC Bâle en Suisse et la puissance qu’il dégage ne font pas partie que du présent, car déjà l’équipe menée par Hakan Yakin, Murat Yakin ou encore Giménez était très forte. Mais c’est vrai que tout cela ne peut être que bénéfique pour la Suisse, car ils évoluent avec pas mal de nationaux. On l’a vu, ils ont un très grand contingent et beaucoup de jeunes joueurs ont ensuite l’opportunité de partir dans de grands clubs, comme Shaqiri ou Xhaka qui ont eu l’opportunité de partir en Allemagne après une ou deux saisons titulaires au FC Bâle. Donc les résultats de ces derniers ne peuvent être que bénéfiques pour l’équipe nationale.

Quels objectifs vous êtes-vous fixés pour cette prochaine Coupe du Monde ?

On en a pas encore parlé entre nous, on était encore trop occupés à fêter (rires). On sait de toute manière qu’on aura un match au mois de mars avant le début du camp d’entraînement pour la Coupe du Monde. Ce sera alors le moment de fixer ensemble nos objectifs car chacun, même si les objectifs sont plus ou moins les mêmes pour tous, peut avoir une vision des choses qui diffère. Ce sera donc à nous de repousser nos limites pour aller le plus loin possible.

En 2010 vous avez été les seuls à battre l’Espagne, future championne du Monde, mais vous n’avez pas atteint les huitièmes… N’y a-t-il pas une revanche à prendre sur votre parcours d’il y a quatre ans ?

On a obtenu une grande victoire contre les Espagnols. Mais ce qui nous a fait mal, c’est d’avoir battu l’Espagne et d’être sortis contre le Honduras. C’est clair que tous les joueurs qui ont participé à cette Coupe du Monde ont gardé cet épisode en travers de la gorge et ça fait longtemps ! Trois ans et demi ! On va alors attendre le 6 décembre (ndlr, interview réalisée le lundi 2 décembre) et les résultats du tirage au sort. On va tout mettre en œuvre pour passer la phase de groupe et une fois les huitièmes de finales atteints, on verra qui sera notre adversaire. Mais on a peur de personne. On avait également réussi à mettre l’Argentine en difficulté donc on sait qu’on est capables de faire de grandes choses, même si on a également montré quelques moments de faiblesse contre l’Islande. Nous devrons donc être conscients de nos forces, mais avec beaucoup d’humilité en vue de ce Mondial.

Le tirage au sort des groupes vous hante-t-il ?

Pas du tout ! On se réjouit parce que ça ne peut être que positif. On va voir ce que l’avenir nous réserve. De toute façon, il n’y a que de bonnes choses une fois que t’es qualifié pour la Coupe du Monde, donc à la fin c’est un peu égal sur qui on tombe. La compétition est expressément faite pour se frotter aux meilleures équipes. Notre objectif sera d’essayer de s’imposer un maximum sur le terrain. On va peut-être retrouver une équipe asiatique ou africaine et tout cela est nouveau pour nous. Là, on vient de découvrir les Coréens (ndlr, match Corée du Sud-Suisse (2-1) le 15 novembre 2013) et il y aura de toute façon cette petite touche d’exotisme au sein de notre groupe. D’ici là, l’objectif premier pour les joueurs est d’abord d’être sélectionné dans la liste des 23, parce qu’une fois que t’es dans l’avion pour le Brésil, ce n’est que du bonheur.

Vous avez passé cinq années à Neuchâtel Xamax, trois au FC Zürich, encore trois en Bundesliga avec Hertha Berlin avant de rejoindre la Serie A avec Cesena, puis Palerme. Considérez-vous votre venue à Young Boys, donc votre retour en Suisse, comme un retour aux sources à un an de la Coupe du Monde ?

J’ai toujours dit qu’il était important pour moi de rejouer en Suisse. C’est quelque chose que je voulais vraiment sur le plan personnel. Si je me retourne sur ma carrière, je suis très très heureux de tout ce qu’il s’est passé malgré quelques relégations qui me pendaient au nez. Le fait d’avoir évolué dans deux grands championnats européens, et surtout d’avoir joué, a été le plus important pour moi. J’ai toujours eu horreur du banc de touche. C’est pour cela que j’ai préféré ne pas jouer dans une top équipe, où j’aurais été remplaçant, mais plutôt de m’engager avec des équipes plus modestes du championnat en question. C’est comme ça que je me suis retrouvé à Cesena qui m’a permis de faire 74 matches en Serie A. J’y ai vécu de grands moments. On joue contre de grandes équipes dans ces cas-là, et ma venue à Young Boys s’est faite au moment où tout ne s’est pas déroulé comme prévu à Palerme avec la relégation en fin de saison. J’ai eu cette opportunité de revenir en Suisse et, d’un point de vue pratique, jouer à YB était parfait pour moi qui suis Neuchâtelois. Ça m’a permis de revenir vivre à Neuchâtel, mais ça m’a surtout permis d’évoluer au sein d’une équipe qui a des objectifs bien définis et qui veut aller titiller le FC Bâle en tête du classement. J’y ai signé pour cinq ans et j’espère bien ramener un titre.

Vous n’avez jamais connu de seconde division…

Non ! Mais j’ai été très proche à plusieurs reprises (rires). J’ai à chaque fois eu l’opportunité de partir dans un autre club de première division. Donc un peu de chance dans la malchance.

Comment s’est effectué votre passage de Palerme à Young Boys ?

Young Boys a été la première équipe à m’avoir fait une offre concrète, ça n’a pas été facile de me séparer de Palerme parce qu’ils voulaient me garder. J’avais encore deux ans de contrat. Ils m’avaient même proposé de me prêter en Serie A, mais je ne suis vraiment pas fan des échanges de joueurs, donc j’ai vraiment fait pression au club pour qu’il fasse un effort et qu’il me laisse rentrer en Suisse étant donné qu’on était à un an du Mondial. Je savais également qu’en revenant à YB, en cas de bons résultats, j’aurais toutes mes chances pour défendre ma place en Coupe du Monde.

Alors, expliquez-nous : Comment vous sentez-vous après cette première partie de saison, lors de laquelle vous avez dû conjuguer la campagne pour le Brésil avec les hauts et les bas des Young Boys ?

Je me sens super bien ! L’équipe nationale dans laquelle je joue s’est brillamment qualifiée. Avec Young Boys, nous sommes à la deuxième place du classement à trois points de Bâle (2 décembre 2013). On arrive quasiment à Noël donc les vacances ne feront pas de mal. Deux semaines qui seront nécessaires pour se ressourcer et rester en famille parce qu’on sait qu’ensuite ce sera long. Après le championnat, on enchaîne directement avec les préparatifs pour la Coupe du Monde, donc 6-7 longs mois durant lesquels il faudra être au top mentalement.

Alors, ce que beaucoup de personnes ne comprennent pas… Après cinq victoires lors des cinq premiers matches du championnat, YB a connu pas mal de difficultés par la suite. Comment expliquez-vous ce changement de forme ?

Et bien, je ne sais pas si le public pensait qu’on allait faire 36 matches/108 points… On était tous bien conscients qu’on allait avoir un coup d’arrêt. C’est logique. Aujourd’hui, ces cinq matches du début de saison nous ont surtout permis de jouer le haut du classement et de ne pas se faire distancer ni par le FC Bâle ni par les autres équipes (Grasshopper, Lucerne, etc…) qui sont bien présentes. Après c’est vrai qu’on a eu un gros trou avec quatre défaites d’affilée mais on a su réagir. Là je crois que nous sommes de nouveau invaincus depuis cinq matches. On a une moyenne très correcte et si on réussit à ramener six points lors des deux derniers matches, on aura fait un excellent premier tour. On veut être européens cette année et, pour l’instant, on est en plein dans notre objectif, donc on reste très satisfaits.

C’est le titre ou les places en Europe qui comptent le plus ?

Les places en Europe de toute façon. C’est notre objectif depuis le début de la saison. De plus, je pense que c’est un peu précoce de parler de titre maintenant. On est en phase de construction avec un nouveau staff, une nouvelle organisation, un nouvel entraîneur… De nouveaux joueurs, il n’y en a pas beaucoup. Nous sommes trois avec Alain Rochat et Milan Gajic. Donc l’équipe n’a pas été trop chamboulée et ceci est très important. L’équipe a eu un peu de peine la saison passée, classée septième de Super League, donc maintenant on s’est fixé un but naturellement plus élevé et qui doit être la coupe d’Europe (Champions League ou Europa League). Cependant, c’est clair que si on peut jouer un peu plus longtemps les trouble-fête dans les deux premières places, on ne va pas se gêner.

Que s’est-il passé au Mont-sur-Lausanne en Coupe de Suisse ?

Le Mont nous a donné un gros coup à tous. On a fait un non-match, on a pas su jouer avec les conditions (ndlr, terrain laborieux). Elles étaient clairement les mêmes pour tout le monde. On s’est confrontés à une équipe qui aimait bien faire tourner la balle, on a dû « s’adapter » à ce contexte de jeu très compliqué et nous ne sommes pas parvenus à le faire. Le Mont oui. Pour le club, c’est clair que ça a été un point négatif dans notre bonne saison, mais maintenant on a à cœur d’effacer cette contre-performance en faisant un bon championnat.

Est-ce que cette défaite au Mont vous a néanmoins réveillés et permis de rebondir en championnat ?

Je ne sais pas si « rebondir » est le terme. On a fait des résultats positifs même avant ce match de Coupe. 0-0 à Saint-Gall ou un autre match nul à Lucerne mais on n’arrivait pas à gagner à la maison et c’est clair que Le Mont nous a mis une belle gifle. On se rend bien compte que l’on a plus le droit à l’erreur jusqu’à la fin de l’année car en une seule fois, on a brûlé tous nos crédits envers nos supporters. 25’000 spectateurs de moyenne en début de saison, plus que 13’000 en novembre face à Lausanne… Et tout cela doit nous servir de leçon.

Vous avez parlé de cinq années à Young Boys… Vous êtes sûr de les tenir ?

J’ai appris en Italie que rien n’était sûr. J’avais signé trois ans à Gênes, je n’y ai joué que deux mois, puis j’ai signé trois ans à Palerme pour ne jouer finalement qu’une seule saison, donc je ne jure plus de rien dans le football. Maintenant, si j’ai signé cinq ans à YB, c’est que j’ai vraiment envie de m’y tenir. C’est un club qui m’a toujours plu, qui est proche de Neuchâtel et surtout qui a des plans bien définis. J’aurai 31 ans cet été et je suis en contrat jusqu’à 35. Donc si je peux l’honorer, ce serait avec grand plaisir.

Le terrain de Neuchâtel Xamax est juste derrière nous. Vous imaginez y rejouer un jour ?

À 35 ans, je ne sais pas dans quel état physique je serai… (rires) Je ne sais même pas si on me laissera encore la porte ouverte. C’est de la musique d’avenir. On verra où Neuchâtel se trouvera et dans quel état je me trouverai moi-même.

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About Yves Di Cristino (332 Articles)
Rédacteur en chef, membre actif de l'Association Suisse des Journalistes Indépendants (CH-Media) et de l'Association vaudoise de la presse sportive (AVPS). Étudiant en Master de Sciences Sociales et Politiques à l'Université de Lausanne.

2 Comments on Steve Von Bergen: « La Suisse est beaucoup plus respectée qu’avant »

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